samedi 21 décembre 2013

La perversion de la Bonne Nouvelle

Jean-Luc B


Il n'est pas toujours facile de témoigner de ce que Dieu a fait pour nous, car cela provoque parfois de drôles de réactions chez ceux qui écoutent. Au début de ma vie chrétienne, j'ai vécu plein de choses miraculeuses dans mon existence et avec passablement de naïveté j'en témoignais autour de moi. Et là j'ai assez rapidement constaté que la païens étaient souvent plus réceptifs à ce que je racontais, que les chrétiens de mon assemblée. Il faut dire que ce petit groupe dans lequel je me trouvais à ce moment là était assez allergique à tout ce qui était miraculeux. Les actions directes de Dieu dans la vie des croyants ne leur paraissaient sages et dignes de confiance que s'ils les lisaient dans la Bible avec le recul des siècles. Mais témoigner qu'elles pourraient s'accomplir aujourd'hui dans nos vies personnelles leur paraissaient n'être que la manifestation d'un «orgueil spirituel» (sic).


Peu à peu, dans la période qui a précédée mon départ de chez eux, j'avais remarqué que la plupart de leurs «témoignages» publics n'était qu'un longue énumération de leurs incapacités à accomplir la volonté parfaite de Dieu. Ils racontaient à longueur de «témoignages» comment ils avaient encore failli dans leur obéissance aux commandements divins. Comment ils étaient encore faibles et incapables. Ça aurait pu être de l'humilité, je l'ai d'ailleurs pris pour cela au début, mais il y avait tellement de surenchères dans ces discours venant des anciens de ce mouvement que j'ai fini par en être mal à l'aise. Je ne comprenais pas comment ils pouvaient témoigner de cette impuissance continuelle après des dizaines d'années de vie chrétienne, alors que les apôtres nous disent pourtant clairement : « Je puis tout par Celui qui me fortifie » (Phil. 4 : 13.), et aussi : « C'est Lui (Dieu) qui met en nous le vouloir et le faire selon son dessein bienveillant » (Phil. 2 : 13.) et encore : «  ses commandements ne sont pas pénibles, car tout ce qui est né de Dieu triomphe du monde; et la victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi.  » (1Jean 5 : 3-4.). Il y avait chez ces gens là comme une glorification de l'incapacité humaine et comme une envie de mettre uniquement en avant le péché encore à l'oeuvre dans leurs vies, au détriment de la puissance de Dieu qui sanctifie et peut intervenir dans tous les domaines de nos existences pour nous amener à accomplir Sa volonté.

Il est évident que lorsque je leur racontais comment Dieu m'avait miraculeusement libéré du tabac; comment il avait changé mon cœur en le remplissant d'amour devant un homme qui voulait se battre avec moi; comment Il était également intervenu dans les problèmes de santé de notre fils, ou dans des problèmes financiers professionnels, en disant ces choses je n'allais pas dans le sens de ce troupeau. Et ils me l'ont assez rapidement fait comprendre en m'appelant à plus « d'humilité » dans mes témoignages... Pour eux, « l'humilité » consistait à ne surtout pas parler de la puissance de Dieu à l'oeuvre dans la vie quotidienne. La Bonne Nouvelle était alors pervertie par cette réticence à témoigner de son Incarnation dans nos existences.


J'ai mis des années à comprendre qu'ils avaient érigé en idoles figées certaines compréhensions de la doctrine chrétienne. Car il est évidemment important de savoir reconnaître ses incapacités, aussi bien devant Dieu que devant les frères. Il est également important de reconnaître et de confesser ses péchés, car il n'y a aucun progrès possible dans la vie chrétienne sans cette marche dans la lumière (1 Jean 1 : 7.), mais il est également important que tous sachent que la puissance de Dieu est à l'oeuvre aujourd'hui encore pour le bien de son peuple.


La reconnaissance de notre incapacité à accomplir la volonté parfaite de Dieu ne fait que nous ouvrir la porte de la nouvelle vie en Lui. Après cette ouverture, nous ne sommes pas destinés à rester indéfiniment sur le seuil, puisqu'il est impératif de pénétrer par la foi dans la maison du Père, dans ce «pays de la promesse» que nous sommes appelés à conquérir en en éliminant les anciens habitants et leurs idoles, c'est à dire à abattre toutes les dynamiques et les stratégies mortifères et dysfonctionnelles qui remplissaient notre existence (consciente et inconsciente) avant de connaître le salut en Christ. J'ai malheureusement constaté que beaucoup de chrétiens s'arrêtaient sur le seuil de la maison du Père et n'avançaient plus dans leur vie chrétienne après ce premier pas. Ils confessent tous les jours qu'ils sont pécheurs (souvent de cette façon très générale qui évite de nommer précisément ce qui les entrave encore), ce qui les empêche de saisir véritablement le pardon et le renouvellement intérieur que Dieu voudrait pourtant leur apporter en Christ. J'ai même découvert avec stupeur qu'il existe des chrétiens qui préfèrent entendre parler de incapacités et des chutes de leur prochain, plutôt que des victoires du Règne de Dieu dans les vies.


Je connais des personnes dans les assemblées (mais aussi en dehors) qui cherchent continuellement les faiblesses et les défauts chez ceux qui témoignent publiquement autour d'eux de l'action de Dieu dans leur coeur et dans leur vie. Elles s'imaginent probablement qu'elles se sentiraient rassurées de voir que les autres non plus ne sont pas parfaits... Comme si la faiblesse des autres pouvait justifier leurs propres manquements et leur absence de progression dans la sanctification ! Comme si leur défaite devant la ville de Aï justifiait leur abattement et leur réticence à continuer le combat... Rappelons-nous comment même Josué s'est fait remonter les bretelles dans ces circonstances, et recherchons comme lui les causes de nos défaites au lieu d'en rester à la passivité et la tristesse de l'auto-apitoiement (voir Josué 7.).


Il faut reconnaître qu'il existe également des excès inverses. Il y a des assemblées où l'attitude imposée semble être de prétendre avoir un dialogue continuel et permanent avec le Père, mais où les «Dieu m'a dit» et les «Dieu m'a fait comprendre» cachent souvent des attitudes perverses et des péchés récurrents qui n'ont pas trouvé leur résolution en Christ. Il est à remarquer chez ce genre de personnes que la plupart de leurs «témoignages» miraculeux ne sont pas personnels, mais viennent de la dernière lecture ou de la dernière vidéo trouvées sur le net. Ils vivent alors malheureusement seulement des «miracles par procuration» et n'arrivent pas à expérimenter personnellement la puissance régénératrice de la Parole de Dieu dans leur vie. 

Cependant pour en revenir à l'équilibre, dans la vie chrétienne un excès ne devrait jamais en justifier un autre qui s'y opposerait par un excès inverse. La justice divine est ailleurs. La Bonne Nouvelle de l’Évangile que nous pouvons lire dans les pages du Nouveau Testament n'est pas seulement un récit de la patience et du pardon de Dieu, mais témoigne également de la puissance qu'Il met en œuvre en Christ dans l'existence de ceux qui croient. Les pécheurs et les rebelles deviennent justes, les rancuniers parviennent à pardonner, les voleurs restituent, les malades sont guéris, les possédés sont délivrés et les morts ressuscitent. Contrairement à ce que prétendent les incrédules, il ne s'agit pas d'antiques récits symboliques, mais de la réalité historique de la Parole Incarnée qui agit encore aujourd'hui avec la même puissance au milieu du peuple qui l'accueille.


Lorsqu'un déséquilibre s'installe dans un cœur ou dans une assemblée et que le témoignage vécu de la puissance de Dieu n'est plus reçu avec simplicité, nous pouvons alors observer qu'une puissance d'incrédulité a trouvé des points d'appuis pour s'installer. L'effet de groupe a une efficacité redoutable pour créer des abus de ce genre. Le conformisme amène l'ensemble des membres à «faire et penser comme les autres» de façon à être accepté et reconnu dans le club. On peut dire alors que l'instinct grégaire agit au détriment de la vérité et du vécu personnel et que la marche dans la lumière au milieu de l'assemblée. s'en trouve arrêtée. Or selon 1 Jean 1 : 7 c'est justement cette marche dans la lumière qui permet la purification des péchés et la libération de ces dysfonctionnements qui ne rendent pas témoignage de l'établissement du Royaume.


Une partie de la solution se trouve donc dans un témoignage personnel véritable et sans crainte, aussi bien de nos victoires que de nos défaites, car Dieu nous édifie les uns par les autres lorsque nous marchons dans la lumière. Mais il faut savoir qu'il s'agit d'un combat spirituel qui rencontrera une forte opposition dans la pensée religieuse des assemblées installées dans le monde. Lorsque l'aveugle-né est allé témoigner de l'action du Fils de Dieu dans sa vie, il en a été expulsé (Jean 9 : 34.). Dans ces endroits, lorsque quelqu'un témoigne en vérité du Christ à l'oeuvre dans son existence, il est mis au ban de la collectivité qui n'expérimente pas la même réalité. Et non seulement lui, mais aussi ceux qui auront reçus son témoignage. Cette exclusion n'est pas surprenante, car elle est la mise en action ordinaire d'un principe divin incontournable : lorsque Dieu a créé la lumière, Il a également mis en place le même jour le processus de séparation d'avec les ténèbres. Le Christ en parle comme étant le principe de l'épée qui vient mettre la séparation entre la foi et l'incrédulité, entre la Vie du royaume et les schémas de pensée religieuses sclérosées, et cela jusque dans les familles et les générations différentes (Mat. 10 : 32-39.).

Témoignons donc de la réalité de l'action libératrice de Dieu dans nos vies, mais ne nous attendons pas forcément à ce que ce témoignage soit reçu sans reproches et sans conflits, surtout dans les milieux religieux ! Cependant, n'oublions jamais qu'il n'est pas demandé à un témoin de convaincre les autres, mais de simplement de rapporter fidèlement ce qu'il a vu et expérimenté personnellement. Le reste n'est pas de son ressort, mais dépend de la liberté de chacun de recevoir ou de refuser... avec les conséquences qui accompagneront forcément ces choix. En bien comme en mal.

Jean-Luc B



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6 commentaires:

  1. Exacte !

    Témoignons donc de la réalité de l'action libératrice de Dieu dans nos vies, mais ne nous attendons pas forcément à ce que ce témoignage soit reçu sans reproches et sans conflits, surtout dans les milieux religieux ! Cependant, n'oublions jamais qu'il n'est pas demandé à un témoin de convaincre les autres, mais de simplement de rapporter fidèlement ce qu'il a vu et expérimenté personnellement. Le reste n'est pas de son ressort, mais dépend de la liberté de chacun de recevoir ou de refuser... avec les conséquences qui accompagneront forcément ces choix. En bien comme en mal.

    C'est ce que je retiens de ce message !

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  2. Bonjour,

    Je crois que la perversion, cette enclos, est constituée d’images et vient du fait que l'homme dépend trop de ce qu'enseigne celui qui sait. L’un comme l’autre se limitant d’ailleurs car celui qui enseigne a lui-même été enseigné et si son enseignement n’est pas juste... Certains dans l’église l’ignorent ou le vivent bien, d’autres moins et d’autres plus du tout comme il est décrit ici, et si tous les orateurs disent la même chose, c'est presque fichu, sauf si la personne n’est plus vraiment convaincue...

    Bien que la Parole prêchée ait été humanisée pour devenir plus compréhensible par l’emploi d’évidences, d’images, de concepts – même de commerciaux -, il lui reste encore une grande part qui se découvre par le mystère de la foi qui ne s’explique pas aussi facilement, heureusement. Elle se partage mais ne s’explique pas au sens commun du terme.


    Un exemple : lorsque les trois confessions chrétiennes insistent sur le fait d’avoir une relation avec Dieu, comment trouver à redire ? L’Ancien Testament nous parle de cela; Dieu d’un côté et les hommes de l’autre. Et le Nouveau en parle aussi; Jésus est toujours d’un côté, quoique... et les hommes de l’autre et il en sera toujours ainsi ! Non, les choses changent à la résurrection et à la Pentecôte comme Jésus l’avait prédit et vécu parmi eux.
    En effet, avant la rédaction du premier évangile, un homme, Saul de Tarse, persécuteur de chrétiens va connaître cela, une chose révolutionnaire dans toute l’Histoire de l’Humanité : il laisse vivre Jésus EN lui (pas avec) convaincu par un Esprit Saint, celui du Christ même et devient son apôtre; Paul.

    Ainsi de la rédaction d’une relation avec Dieu nous passons à la rédaction d’une union en Dieu. Cette Bonne Nouvelle nous mène donc plus loin que des évidences, des images, des concepts, des infantilisations, des guerres, pour nous unir à Lui comme insiste Paul dans sa lettre aux Colossiens. Pourtant on préfère toujours parler d’une relation avec Dieu. Dieu d’un côté, moi de l’autre ou plutôt, mon image de Dieu d’un côté et moi de l’autre.


    Un autre exemple : le mot “trinité” ne se trouve pas dans la Bible mais par contre il est pratique, utile pour décrire un mystère avec nos mots terrestres accessibles aux auditoires.
    Le problème est que cela crée un concept de plus, une autre image cérébrale qui détourne de l’essentiel, de notre union possible.
    Mais se représenter “trois personnes en une” pour mieux comprendre ce mystère a causé une fracture avec les Israélites, les Musulmans, et tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas se créer d’images.
    Lorsque nous en avons - encore faut-il le savoir - nous pouvons aller au-delà de celles-çi pour ne pas se freiner en chemin et découvrir que la vie a un sens qui n’est pas seulement terrestre.

    Fraternellement

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    1. Merci pour votre exposé je viens de comprendre et de verbaliser des choses que je ressentais mais ne savais les exprimer avec le jargon chrétien.....

      C'est extraordinairement vrai ce que vous nous partagez sur la différence entre la relation et l’unité....Jésus est venue habiter en nous, c'est donc lui qui parle en nous et fait UN avec notre conscience quand nous acceptons de cohabiter avec lui....

      C'est pour moi une révélation, la façon don vous expliquez cette réalité et c'est très beau, car ça fait écho en moi comme une vérité que je n'avais pas vraiment cerné tout en la pratiquant.

      Pour le fait d'avoir des visions, des images .....et bien justement c'est possible parce que Jésus est en nous et c'est lui qui les donne à notre entendement ayant pris le contrôle de notre imaginaire ....
      L
      es images rationnelles ne peuvent comprendre la véritable imagination divine, qui est porteuse de puissance, de créativité, puisqu'elles s'accomplissent dans le naturel ..
      Pourquoi ?
      Parce que Jésus en nous, exprime dans notre imaginaire visionnaire sa vision et la vision du Père.

      Merci pour ce bon partage qui ma enrichi ce soir. QVSRB

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  3. la perversion de la bonne nouvelle?
    je pense que parfois il faut être discret dans son bonheur et ne pas le partager, c'est ce que tu aurais du faire si c'est ton témoignage que tu donnes dans ce texte.
    j'ai expliqué sur le blog de l'autorité que je me sens rassuré quand tout le monde est pareil au même niveau.
    Alors si tu vis des victoires quand je suis dans mes difficultés c'est vrai que j'aurais préféré que tu trimes comme moi parce que si tu réussi quand j'échoue je pense que je suis nul et dieu veut pas ça, sinon ça voudrait dire qu'il t'aime plus que moi qu vit pas ça; il veut qu'on vive les mêmes victoires les mêmes défaites. Moi si je souffre j'écoute que des gens qui sont dans la même situation que moi car au moins ils me comprennent.
    Un conseil : garde tes témoignages de victoire pour toi. ne partage que si l'autre en face de toi va aussi bien que toi, c'est ça qui est chrétien. Sinon c'est de l'orgueil il faut être humble ou cacher tes bénédictions si les autres n'en ont pas et là tout va bien pour tout le monde.

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  4. Bonsoir Jean-Paul,

    Le problème de ton raisonnement, c'est qu'il maintient l'ensemble du Corps dans un nivellement pas le bas. Ne jamais témoigner de nos victoires si l'autre ne les a pas vécu, sous prétexte de ne pas le culpabiliser ne sera pas vraiment lui rendre service. Puisqu'il ne pourra jamais imaginer que la victoire est vraiment possible. Malheureusement, beaucoup de chrétiens en sont là, ne vivant que de chutes et de rechutes et s'imaginant que le regretter est suffisant pour être un chrétien « correct ». Ils restent dans la misère spirituelle alors que eux aussi pourraient entrer eux aussi dans la victoire en Christ et le suivre dans son cortège triomphal (2 Cor. 2: 14.) !

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  5. Je vais vous faire part d’une vision, de révélations que Dieu m’a données pour l’Église de la fin des temps. Je suis très prudent sur les révélations. Pour moi, les révélations n’ont pas, je dirais, l’autorité de la Parole de Dieu. C’est la Parole de Dieu qui est infaillible. La Bible dit que quand une prophétie est donnée, il faut retenir ce qui est bon

    Le problème c'est que se sont des gens comme lui et comme nous qui ont écrit la bible ...certain étaient même illettrés.....heureusement qu'ils ont écrit leur révélation !!!!!!

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